Piers Faccini – 10/02/17, Tours, Le Temps Machine

Une leçon d’humilité au service de la musicalité

Après un détour par les USA pour une tournée d’environ 20 dates, Piers Faccini est de retour en Europe, qui plus est, en France, avec notamment 2 soirs affichant complet les 11 et 12 février à la Philharmonie de Paris.

Alors que vient-il faire à Tours, hormis que c’est la plus belle ville du monde ? Il le dira lui-même « c’est mon premier soir ici, à Tours, j’ai pourtant joué dans toutes les villes de France mais jamais ici ». Et bien, d’après un article de TMV, Piers Faccini a vécu quelques mois à Tours, à peindre sous les toits.


Qui est Piers Faccini ? Une petite présentation s’impose, même si, qualifier cet artiste en 2 lignes parait risqué tellement son parcours est diversifié. Anglais de naissance, Italien de par son père, et Français d’habitation, Piers oscille entre photographie, peinture, plasturgie et surtout, compositions musicales. C’est sur cette dernière qualité que je vais m’attarder (comprenez que si j’avais été voir une exposition de peinture, je n’aurais pas choisi cette option…).

Fort de son dernier album, I Dreamed An Island (Zamora production), paru en octobre l’année dernière, mêlant une folk aux lignes orientales et andalouses, Piers Faccini continue son chemin d’auteur-compositeur prônant l’ouverture d’esprit. Difficile de le classer dans une catégorie tellement ses œuvres sont variées, allant du blues à la folk, en passant par le jazz, aux musiques du monde. Cependant, la guitare accompagnée de sa voix au grain si particulier, reste le point viscéral. Nommé en 2009 pour le prix Constantin et élu meilleur album des auditeurs de France Inter, Piers Faccini a également collaboré avec différents artistes que ce soit en studio ou en assurant leurs premières parties : Rokia Traoré, Ben Harper, Ibrahim Maalouf, Dawn Landes…

Pour en savoir plus sur ses influences, vous pouvez aller écouter sa playlist de covers intitulée « The Songs I Love », également disponible sur CD ICI. Vous y retrouverez du Leonard Cohen, Bruce Springsteen, Joni Mitchell….


Mais sinon en live, ça donne quoi ? Une claque !

Étrangement, la salle n’est pas au complet, mais le public est de qualité. C’est d’ailleurs souvent à cela que l’on peut observer le rayonnement d’un artiste. Les âges s’étendent de 20 à 60 ans, et la mixité culturelle, chère à l’artiste, est bien présente ce soir.

2
Piers Faccini, Tours, 10/02/17

Piers Faccini arrivera à 21h45, commençant un chant A Capella, telle une prière, nous appelant à entrer dans son monde, en partant pour son île de rêves, jonchée d’histoires ancestrales au carrefour des cultures d’Orient et sud Occident. La voix est juste, posée mais puissante, tout ce qui qualifie Piers Faccini : une délicatesse parfaitement maîtrisée. On retrouvera cette qualité également au niveau des accords plaqués sur ses 3 guitares. Un subtil doigté de va-et-vient, sans jamais froisser une corde, une retenue magique qui, au final, suspend le temps, nous laissant voyager au grè des harmonies du trio.

En effet, ils sont 2 à accompagner Piers sur scène : Simone Prattico (batterie) et Malik Ziad (Mandole et Guembri). Il faut avouer que l’ensemble forme une osmose assez incroyable. Certes, chacun assure sa partie, mais lorsque les 3 se lancent dans les soli, caractéristique de ce qu’on attend en live, on en redemande ! D’ailleurs, Piers nous donnera une petite explication au sujet de la mandole utilisée par Malik qui a été construite par un luthier italien, mixant une mandoline avec un oud (je referme cette parenthèse technique).

20
Malik Ziad & Mandole, Tours, 10/02/17

Le batteur, Simone, à droite, assure la mesure à la perfection (ainsi que son petit solo d’environ 5min, grand moment de la soirée). On adorera ses envolées solistes et sa complicité avec Piers. Quant à Malik, à gauche, il alterne avec une facilité déconcertante, le guembri et la mandole. Piers trône au centre, mais en retrait du devant de la scène, appuyant son côté « tout en retenue ». Il joue de la guitare yeux fermés, chante dans plusieurs langues (anglais, français, arabe, chicone, palermitano, salentino) et prendra également l’harmonica (non, ça ne m’agace pas trop, moi je sais jouer des maracas d’une main et de la flûte de pan de l’autre !). Soulignons également que le tout est sublimé par un son de salle au top, et par sa voix suave et chaleureuse. Foutu caméléon polyglotte !

4
Simone Prattico, Tours, 10/02/17

Piers, bien que timide, communiquera avec la salle et pour ça merci ! Marre de ces artistes qui viennent uniquement faire leur set, dans un temps parfaitement borné, et qui se cassent sans prendre la peine de faire un petit rappel de plus ou de dire « salut, je suis content d’être là » (revendication faite, je me sens mieux). Il a donc la sympathie, d’une, de nous parler, et deux, d’essayer de le faire en Français. Il nous expliquera, par exemple, en amont, le thème des chansons : « j’ai essayé d’imaginer ma grand-mère du 11e siècle, je l’ai appelée Judith » (et là, on imagine la notre, plutôt du nom de Cunegonde ou Gertrude, c’est tout de suite moins classe que Judith…) / « j’ai voulu mettre en musique toutes les cultures qui, il y a fort longtemps, cohabitaient ensemble, qu’elles soient Kabyles, byzantines ou Andalouses ». Ça démontre à quel point il est attaché au sens de ses paroles mais surtout au sens donné à ce dernier album. On aura aussi le droit à un petit moment politique avec le titre Bring Down The Wall, où Piers nous racontera l’écriture de cette chanson pendant la campagne de Donald Trump, à propos du mur entre les USA et le Mexique : « malheureusement, cette théorie complètement folle est devenue réalité, alors on va tous chanter ici pour dire notre mécontentement et tenter de faire tomber ce mur, et si vous ne voulez pas, c’est dommage pour vous ».

36
Malik Ziad & Guembri, Tours, 10/02/17

La setlist s’étire sur environ 1h30, commençant doucement avec 3 titres au lent tempo, avant d’entamer une succession de démonstrations tout aussi vocales qu’instrumentales. Les versions live redonnent du relief aux chansons, grâce aux durées des titres allongées, et aux échangent scéniques entre les trois musiciens. Au départ, on vient voir un artiste, mais au final, on y voit un groupe. Tout fonctionne formidablement bien. Sur les visages, des sourires complices, et une joie de jouer, transmise à la salle sans difficulté. Les titres « Cloak Of Blue », « The Many Were More », « Bring Down The Wall » ou encore celui clôturant le concert, « Tribe », feront remuer les têtes, les épaules et les jambes. Ces titres d’ailleurs, sont toujours très bien placés, suivants 2 ou 3 titres plus lents, et ainsi mieux mis en valeur. Le set est propre, rien n’est vraiment laissé au hasard, sans pour autant oublier la chaleur que les salles de concerts peuvent procurer.

Concernant la scène, elle est habillée d’ampoules suspendues, enfermées dans des « paniers », rendant l’atmosphère cosy. La lumière jouera ainsi un rôle important, avec une luminosité tamisée pendant les mid tempo. Pas de fioriture donc, mais un soin particulier apporté au côté visuel, afin de laisser au premier plan, le côté aérien des compositions.

10
Piers Faccini – Malik Ziad – Simone Prattico, Tours, 10/02/17

Ce soir, l’Occident et l’Orient n’ont fait qu’un, un monde sans frontières. Je n’ai vraiment pas vu passer les 1h30 de concert. C’est simple, il y a 2 façons de savoir si on a passé un excellent moment : si vous regardez votre montre dans la première demie-heure, cela peut laisser penser que, soit vous vous ennuyez, soit vous espérez qu’il reste encore assez de temps pour apprécier ce moment. Si vous la regardez une seconde fois, alors c’est la première option qui prime, si ce n’est pas le cas, alors vous êtes dans la 2e option. Et puis si vous ne regardez pas du tout votre montre, c’est peut-être que vous n’en avez pas, et dans ce cas, je ne peux pas vraiment vous aider. Inutile de vous dire que face à Piers Faccini et ses 2 compères, je me suis retrouvée dans la seconde configuration de ma théorie de haut-vol…Le public également. Ce dernier répond, fredonne, applaudit à n’en plus finir et en redemande.

Le seul petit bémol, car il faut bien en trouver un (bah oui, c’est mon petit côté chieuse surement), est que la setlist est composée à 80% des titres du dernier album (qui est joué dans son intégralité). Sachant qu’il n’est pas représentatif de l’ensemble des compositions de Piers Faccini, c’est un peu risqué, mais il est bon de sortir de ses zones de confort (ce qu’il fait à chaque nouvel album). Cependant, I Dreamed An Island peut être considéré comme un album concept, où l’ensemble des chansons forment un conte. Ne pas les assembler les unes aux autres sur scène, perdrait en cohérence.

3
Piers Faccini, Tours, 10/02/17

Merci pour ce voyage onirique, temporel et culturel. Piers Faccini est un magicien des mots et des notes : des compositions contrastant entre noirceur, tristesse et espoir, à travers des contrées passées, forgeant nos mondes d’aujourd’hui.

Love, papillons et cotillons, chouet’ moment ! N’ayez aucune hésitation à aller le voir sur scène, vous serez transporté(e)s et découvrirez des sonorités peut être inconnues ou du moins, mal connues. Par contre, mettez de bonnes chaussures, je vous assure qu’à plusieurs reprises, vous ne pourrez vous empêcher de taper du pied…


Setlist :

dsc_0157
Piers Faccini, 10/02/17, setlist

Pour le petit bout déchiré, ce n’est pas moi qui ait eu besoin de jeter un chewing-gum hein… Dans les années 50, nous avions Johnny Cash qui jouait avec un billet d’1$ sous ses frettes, et bien en 2017, nous avons Piers Faccini qui déchire les bouts des setlist pour les placer sous les cordes du corps de sa guitare.


==> Galerie Photos <==

piers_faccini
Piers Faccini, Le Temps Machine, 10 février 2017

Son sitehttp://www.piersfaccini.com

Prochaines dates (en France) :

  • 11 mars  : La Talaudière
  • 14 mars : Canteleu
  • 16 mars : Fontaine
  • 18 mars : Paris (musée Eugène Delacroix)
  • 12 mai : Meudon
  • 13 juin : Paris (église St Eustache)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s