The Soft Moon – 04/06/18, Joué-les-Tours, Le Temps Machine

La lune brille et les oreilles sifflent

Quel beau warm-up pour le festival Aucard de Tours que de se payer The Soft Moon. J’ai été une des premières à prendre ma place pensant que l’événement ferait sauter la billetterie. Ce fut le cas au Trabendo où il avait pu jouer à guichet fermé, et lors de différentes dates européennes… Nous avons été 90 à penser comme moi et à se demander : mais pourquoi ?! Pourquoi si peu de personnes pour Luis Vasquez et son avatar musical The Soft Moon ? Tant pis, on aura le privilège de vivre ce moment dans la petite salle du Temps Machine, entre personnes de « bons goûts » >< !

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The Soft Moon – Le Temps Machine, 4 juin 2018

La soirée s’est ouverte avec le duo rock Nantais Moto Raide. Je n’ai pas assisté à l’intégralité de leur prestation..Comprenez, j’attendais désespérément un car de fans d’environ 200 places permettant de remplir la grande salle, en buvant ma pinte d’ambrée ! Il y a des priorités.

21h15, je décide de me faire une raison et d’aller me placer devant, 90 ou 500, le principal, c’est que The Soft Moon assure.

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The Soft Moon – Le Temps Machine, 4 juin 2018

Derrière ce projet musical se cache un Californien, Luis Vasquez, torturé, dépressif et amateur de films d’horreurs, cherchant à connaître ses angoisses et son mal être à travers sa musique. Habitant Berlin mais enregistrant seul en Italie, ce génie de la composition s’entoure en live de deux amis : Matteo Vallicelli Luigi Pianezzola. C’est donc en trio que The Soft Moon s’envole à travers l’Europe pour la promo du dernier album en date « Criminal ». Ce dernier est une introspection à l’héritage de ses pères et pairs sur une culture violente alimentée par des Charles Manson, où les fantômes des absents paternels règnent sur une autorité et bienveillance sans cesse recherchée. Héritage meurtri certes mais puits sans fond à une inspiration toujours plus sombre et maladive.

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The Soft Moon – Le Temps Machine, 4 juin 2018

Nombreux sont les articles classant cet OVNI dans la cold wave, post-punk, indus, aux mêmes titres que des Joy Division, NIN, Cocteau Twins ou encore The Cure. Bien que l’image de Ian Curtis puisse frapper en live dans sa façon de se tenir face à son micro, la corrélation s’arrête là, bien que le mal être des deux protagonistes n’en est pas moins similaire. Fervent défenseur de l’effet « chorus » sur la basse voire étendue à la batterie, le son Soft Moon est pesant, tout autant que le sens des paroles bien que peu présentes.


21h20, le groupe arrive sur scène pour entamer la soirée dans une bataille de percussions entre une batterie clinquante et un tambour métallique assommant l’assemblée jusqu’ici extatique. Le trio enchaîne avec l’excellent dernier titre, Burn et commence à enflammer les premiers rangs (voir ma petite vidéo youtube ci dessous). Le reste de la salle restera timide, à l’image d’un Luis qui tente un « santé » en buvant un verre ou encore un « merci bonsoir ».

Ces deux phrases seront les unique échanges hors setlist. Après tout, Luis n’a rien d’autre à exprimer que ce qu’il joue et chante. Écorché face au micro, il semble pourtant serein et apaisé sur les nappes de guitares, avant de s’agripper violemment aux touches de son synthé, jambes en position de fente, prêtes à attaquer n’importe quelle note. Peu de pauses durant le set, et il faut avouer que le grand gagnant de la soirée, bien que le projet soit entièrement porté par Luis, reste la batterie d’une rage féroce et d’un son pulvérisant les tympans de façon incisive. A l’écouter de plus près, elle n’est pas si simple cette frappe : cadencée avec des légers changements de rythmes sans véritables signaux (il a intérêt à bien compter dans sa tête). Ce manque de filet de sécurité vaudra d’ailleurs deux petites erreurs de la part de Luis lors d’une reprise au bidon ferreux, et l’autre de la part du batteur pendant le final. Voix arrachée, mutilée mais sans violence ardue, The Soft Moon nage entre deux eaux alternant couplets limpides et refrains accélérés avec un rendu massique incroyable. Après 14 titres, le groupe s’offre un rappel. Ils donnent autant qu’ils soient devant une salle comble, ou à moitié pleine. Tous les albums y passent mais on en redemande. Il faut dire que le rythme soutenu ne peut laisser le concert se terminer en jus de lune (moon…toussa toussa koua).

Ouf, le groupe revient pour deux titres et pas des moindres, avec notamment Want dans un final hallucinant tant au niveau sonore que scénique. Ce morceau n’a rien à envier à un Woodkid avec son Run Boy Run très rythmique et synthétique (comment Woodkid est arrivé ici ? Je n’en sais rien mais j’y ai pensé en écoutant Want, démerdez vous avec ça). Déversements de boites à rythmes, pédales loop, « chorus », percu synthétiques et batterie, le final conclut à merveille en rappelant l’intro du show, le tout dans un jeu de lumières épileptiques (Ian, just for you…) ravageur.


L’ensemble est d’une grande justesse et cohérence. Inclassable, percutant sans tomber dans la boite à tubes. The Soft Moon donne subtilement de ses angoisses dans une musicalité absolument pas pompeuse. Il reste novateur sans s’être véritablement renouvelé avec son dernier opus. Nul besoin s’il maîtrise…

Créé en 2009, le projet Soft Moon se voulait cathartique. Luis le désignait comme «psychologique, émotionnel et biologique ». Hélas pour lui, (moins pour nous), il n’a, avec « Criminal », toujours pas éradiqué ses démons laissant présager de nouveaux horizons. Luis ne guérit pas, plongeant toujours plus profondément dans ses abysses. Cela permet ainsi à The Soft Moon de briller là où seule l’obscurité semble être salvatrice.

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The Soft Moon – Le Temps Machine, 4 juin 2018

PS : je vous conseille le remix de Soft Moon pour Boy Harsher, autre artiste coup de cœur à découvrir au plus vite


Merci au Temps Machine (et Aucard) de proposer de telles pépites. Découvert il y a 3 ans, je ne pensais pas voir sur scène Soft Moon et encore moins à Tours.


Setlist :

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The Soft Moon, setlist – 4 juin 2018, Le Temps Machine

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