L’escrime en 1936…

Voyage dans le temps, immortalisé par le film de propagande Olympia

J’essaie de trouver des qualités à mes insomnies qui durent depuis plus de 3 semaines. Je me fais toutes les rediffusions de l’émission culte des 70’s Radioscopie by Jacques Chancel, tous les soirs sur France Inter ou encore l’émission C’est Extra ou encore d’ici ou d’ailleurs, c’est fun, on apprend plein de trucs…Mais hier, je me suis décidée à me lever et j’ai regardé une émission que j’avais enregistrée il y a bien longtemps : un documentaire sur Leni Riefenstahl et son film sur les JO de Berlin en 1936, nommé Olympia, sorti en 1938.


Je ne vais pas vous parler en détail de ce documentaire passionnant, qui a eu un aspect assez technique concernant les façons de filmer, très modernes pour l’époque (comme l’exclu du tournage en caméra sous marine, en travelling), ni de la vie de Leni Riefenstahl, décédée à l’age de 101 ans. Mais juste quelques mots, pour resituer le film dans son contexte :

Leni est une des rares (seule) femme à être à la fois réalisatrice, monteuse, cadreuse, actrice dans les années 20-30. Elle a  monté sa propre entreprise cinématographique dès 1931 et commencera à se faire un véritable nom suite à deux films de propagande hitlérienne, inégalés jusqu’ici en 1933 et 1934 (portés sur les meeting politiques). C’est d’ailleurs avec le film de 1934, Le Triomphe de la Volonté, qu’elle remportera un Lion d’Or ainsi que le Grand Prix international lors de l’exposition universelle de Paris en 1937. Après plusieurs films, il lui sera demandé de filmer les Jeux Olympiques de 1936 qui ont lieu à Berlin. Commence alors un travail titanesque, jamais réalisé jusqu’ici, qui demandera 18 mois de montage. Le but est de filmer au plus près les athlètes, mettre en avant leur virilité, et ce, dans toutes les épreuves. Elle mettra en oeuvre des techniques novatrices et recevra une médaille d’or du comité international olympique en 1939. Ce film d’une durée de 4h (sous titré Les Dieux du Stade) et sorti en 1938, se voit coupé en 2 chapitres : Olympia 1, fête des peuples et Olympia 2, fête de la beauté .

Leni Riefenstahl at 1936 Berlin Olympics

Jaloux de la relation amicale entre le Führer et la réalisatrice, Goebbels lui fera vivre l’enfer jusqu’à ce qu’elle ne soit plus sous l’autorité de son ministère. A partir de 1937, elle refusera toute nouvelle commande de la part du régime nazi, suite à l’exposition d’œuvres nommées Art Dégénéré (début de la censure concernant l’art moderne, en faveur de l’art héroïque). Cependant, elle restera en Allemagne et continuera à filmer pour le régime (Tiefland comprendra une soixantaine de figurants issus des camps de concentration qui seront par la suite déportés à Auschwitz, le film sortira en 1954). Elle sera à plusieurs reprises, après la guerre, jugée par un tribunal Allemand pour ce film, et sera rejetée par bons nombres de ses pairs du 7e art. Elle sera placée sous la protection de Jean Cocteau pendant 7 ans, puis se tournera finalement vers la photographie. Elle partira au Soudan au sein des Noubas de Kau dont elle apprendra la langue, puis se découvrira une passion pour la plongée sous-marine.

Elle s’éteindra à l’age de 101 ans, emportant avec elle les secrets de sa/ou non collaboration avec le régime nazi, laissant ainsi le monde du cinéma se déchirer sur ses oeuvres cinématographiques. Un film sur sa vie devait voir le jour avec Jodie Foester et Sharon Stones mais pour le moment, il faut se contenter d’un documentaire qui a fait grand bruit à l’époque (1995) appelé Léni Riefenstahl, Le pouvoir des images (il dure 3h10, j’ai prévu de le regarder ce soir, j’apprendrai certainement plein d’autres aspects de sa vie).

A vous de vous faire votre avis, en voyant ce passage de 2 min


Revenons-en au sujet : Olympia (les Dieux du Stade), escrime et sabre.

J’ai été impressionnée par ce court passage de la finale des JO de 1936 de sabre masculin. L’épreuve oppose l’Italien Gustavo Marzi et le Hongrois Endre Kabos. Les touches ne sont pas encore électriques à cette époque, bien que la veste électrique fut inventée par l’illusionniste R.Houdini en 1840, il faudra attendre 1936 pour l’électrification de l’épée, 1955 pour le fleuret et 1986 pour le sabre.

La finale sera remportée par le Hongrois, qui trouvera la mort en 1944, pendant le sabotage du Pont de Marguerite à Budapest…Il avait 4 médailles Olympiques, dont 3 en or.

Je vous laisse une photo historique de cette finale, ainsi que le passage vidéo filmé par Léni Riefenstahl. Admirez la rapidité des parades à partir de la 40e seconde. Rien à voir avec le sabre d’aujourd’hui (où les jambes font un travail incroyable contrairement à des escrimeurs statiques en 1936), mais ça reste magnifique.

Cette photo est émouvante quand on connait le sort que subira la plupart des athlètes hongrois par la suite, raconté en partie, dans le film Sunshine, avec Ralph Fiennes.

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Toujours concernant ces JO de Berlin, il faut savoir que la seule athlète juive-allemande était une fleurettiste, Helene Mayer, qui remportera la médaille d’argent. Elle quittera par la suite l’Allemagne pour prendre la nationalité US.

Ils furent 9 sportifs juifs à remporter des médailles (à savoir 5 hongrois) pendant ces jeux sur l’ensemble des épreuves des 10e JO de l’ère moderne…

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