Interview Helloween – 05/10/10

Interview de Andi Deris à l’occasion de la sortie de 7 Sinners

Le 5 octobre 2010 nous avons eu l’occasion de rencontrer dans un hôtel parisien, Andi Deris , le chanteur de Helloween venu pour la promotion de leur nouvel album « 7 sinners », dont la sortie est prévue le 31 octobre.

Nous avons avant tout fait la rencontre d’un mec vraiment humain, adorable, doté d’une grande gentillesse et d’un sens de l’humour. C’est une personne très ouverte, qui parle sans tabous et avec ses tripes. A travers cette interview on peut se rendre compte de la difficulté que ces groupes de la génération fin 70 ont eu à émerger du fait du lourd passé de leur pays (Allemagne), on a pu avoir son avis sur la société actuelle et les problèmes de téléchargement, il a également pu clarifier quelques avis concernant une pseudo compétitivité avec Gamma Ray ou les vraies raisons d’un best of version acoustique. Enfin, nous avons l’avis sur ce nouvel opus et des envies de revenir en France en plus des deux dates déjà programmées.

Je tiens à remercier Flore pour sa grande aide concernant la traduction de mes questions envers Andi, et merci à Andi pour sa patience et son extrême disponibilité et gentillesse.

La première question est au sujet de votre nouvel album, que vous annonciez comme plus heavy et plus speed que les précédents : nous voulions savoir si vous en étiez satisfaits, et combien de temps il vous a fallu pour le préparer ?
Je pense que nous avons commencé à écrire des chansons un an avant l’enregistrement. Ensuite nous nous sommes retrouvés deux fois. En Novembre dernier (2009) : pour une première session d’écoute des idées que nous avions amassées, et pour choisir nos favorites. Je crois qu’en Mars nous avons eu notre deuxième session d’écoute, au terme de laquelle nous avions 18 idées « A » : c’est ce qui peut arriver de meilleur, ça veut dire qu’on n’a même pas besoin de se préoccuper des « B ».

Mais vous aviez aussi des « B » ?
Oui oui : bien sûr, on les laisse de côté pour être des titres de B sides, ou encore des bonus tracks : ou parfois, c’est juste que certaines parties sont accrocheuses, mais toute la chanson n’est pas top. Tu as peut être le bon son, ou le super riff ; le reste est à murir, donc c’est plutôt pour le futur.

Et justement, vous êtes plutôt du genre à avoir une idée, et à l’enregistrer directement, ou bien vous la faîtes murir ?
Tout peut arriver. Je me souviens que nous avions des chansons sur la démo qui sonnaient si bien que tout le monde pensait à la fin de la journée : « c’est une chanson énorme », mais ce qui se passait, c’est que toutes les autres chansons s’amélioraient constamment (avec la production). Et cette chanson dont on pensait « elle sera là, cette chanson est d’enfer », elle était écartée, car elle n’avait pas grandi. Toutes les autres chansons, en ayant muri étaient certainement devenues au moins aussi bonnes, si elles n’étaient pas meilleures. Et puis, ça implique tout le groupe : tu sais, sur une démo, tu dois penser comme ça : « je suis le chanteur, et je joue aussi de la guitare : et un jour, je la sors, je joue, ça sonne bien, et on me sort « ouais, bonne idée ! », mais quand le guitariste du groupe la joue c’est « wouah !!! c’est génial ». Et c’est souvent comme ça que ça se passe : moi je chante une chanson qui avait l’air bien, et puis, à un moment, je réalise que j’y mets tant d’efforts et d’énergie que toute la chanson devient « wouah ». Tu vois, tout pouvait arriver. C’est toujours palpitant le studio! En plus, on a eu des soucis, à cause de toute la technique ect, ça deveint ennuyeux quand il y a trop de technique, trop de blabla, enfin c’est la merde. Mais cette étape où tu écoutes la chanson, où tu ajoutes les épices et le poivre et où il y a soudainement cette piste dont tu te disais: « ouais, ok, ce n’est pas que je ne l’aime pas, c’est juste que ce n’est pas la chanson du feu de Dieu » et bien cette chanson devient juste géniale.

Donc vous accordez vraiment une place importante à cette étape de production ?
Ouais, absolument !

On voudrait maintenant faire un lien, justement avec votre best-of qui contenait beaucoup de morceaux aux sonorités acoustiques, ou avec un orchestre, et au sujet duquel les réactions ont été assez mitigées (commentaire d’Andi : oui carrément) : et on se posait la question dans deux sens : comme on considère que c’est vous qui avez apporté la mélodie dans le métal, on s’est demandé si vous aviez voulu aller plus loin dans votre musique en accordant encore plus de place à l’aspect mélodique, et si vous avez pensé après cette expérience que vous étiez allés « trop loin », ce qui vous a amené à faire ce nouvel album beaucoup plus énergique et brut ?
L’idée même du best-of était allée beaucoup trop loin. En réalité, ce qui s’est passé c’est que nous voulions enregistrer un album de chansons acoustiques pour notre 25 e anniversaire. Juste ça. S’amuser, aller au studio et se faire une session acoustique. Mais au milieu de la production, notre société de production (record company) a semblé sombrer dans la banqueroute. Et nous avons reçu une offre de SONY music, et ça nous semblait être la bonne chose à faire. Quand ta compagnie est fauchée, et que tu as cette offre d’une grosse compagnie, tu te dis « ok, bah je crois qu’on va aller chez eux ». Et c’est ce que nous avons fait. On a signé chez SONY music. Ils ont écouté les enregistrements acoustiques et ils ont pensé « hey, c’est une chose formidable », et visiblement, c’était vraiment un truc très sérieux… Chansons acoustiques, 25 e anniversaire : on va en faire une vraie production.

Je dois dire que je n’aimais pas ça du tout, parce que je voulais juste m’amuser, faire une petite session d’acoustique en studio : c’est tout. Mais ils ont fini par débourser des milliers, embauchant des musiciens, demandant de réenregistrer ceci et cela. Ca a fini en gros stress. Ca n’était plus marrant du tout. Parce qu’honnêtement, on est un groupe de métal, on aime les amplis et les guitares électriques, et nous n’étions pas autorisés à utiliser le moindre ampli pour l’enregistrement. Ca devenait soudainement plat, et ça n’était surtout pas ce que nous voulions faire.

Et vous vous êtes un peu sentis utilisés du coup ? Je veux dire qu’avec le succès du retour sur scène des groupes des 70s-80s, vous avez eu l’impression que justement, SONY music utilisait votre 25 e anniversaire pour mieux vendre ?
Je ne sais pas. J’ai le sentiment que les majors ne pensent pas à la créativité, ou ce que c’est que le rock’n’roll : comme style de vie ou autre chose. C’est juste que, genre, ils écoutent quelque chose et ils comprennent ce qu’ils écoutent à cause des sons acoustiques, mais ils ne comprennent pas le métal. Dès que tu branches ta gratte sur ton ampli, ils vont pâlir et dire « je ne comprends pas cette musique ». Mais la version acoustique, ça, ils pouvaient comprendre.
Donc, j’ai vraiment l’impression, qu’au fond, même si j’aimerais me tromper, ce qu’ils attendaient sonnait un peu genre « monnaie, monnaie, monnaie ». Parce que la musique qu’ils comprenaient, ils l’appréciaient, et ils pensaient que c’était de jolies mélodies, qui sonnaient assez joliment pour devenir « number one » quelque part dans le monde. Mais ce n’était pas ce que nous voulions faire ! Elles avaient déjà été « number one », ça n’avait pas d’intérêt de créer une autre chanson « number one », avec la version acoustique d’une chanson métal ! Mais bon, à cela, qu’est-ce que tu veux dire ? Qu’est-ce que tu veux faire ? Donc, on a suivi. On est un bon groupe, on a suivi. Tu ne peux pas dire à ton nouveau partenaire: « fuck off », ça ne se fait pas, ce n’est pas très gentil.

Et en reliant tout ça justement : la mauvaise réception du best-off, votre volonté d’exprimer « différemment » votre énergie, quel était l’état d’esprit du groupe pendant l’enregistrement de l’album ?
En gros, la réaction a été médicale : tout le monde est rentré chez soi en mourant d’envie de revoir ses amplis, et d’être enfin autorisé à brancher des guitares électriques. On est des rockeurs quand même : je n’ai pas acheté ma gratte électrique il y a des années pour jouer de l’acoustique. Ce qui s’est passé, c’est que tout le monde brûlait de l’intérieur de faire enfin du bruit. Et les autres réactions médicales consistaient surtout à vouloir faire de nouvelles chansons qui envoient, parce que t’es heureux d’être de retour.

Ca se sent ! On a adoré cette énergie dès « Where the Sinners Go ». D’ailleurs « 7 Sinners » sort le 31 Octobre et contient 13 chansons : c’est un clin d’œil ? De la superstition ?
Oh non, non, non (ndlr : comme tout français aurait dit oh lala) ça serait allé trop loin : les 7 pécheurs, en treize chansons le 31 octobre, blablabla non ! Juste des coïncidences. D’ailleurs en réalité il y a 12 vraies chansons et une intro. C’est plutôt l’idée qu’on ne voulait pas mettre, une intro d’une minute dix sur la chanson finale « Far in The Future ».

OK ! Et, pourquoi avez-vous choisi « Are you Metal » comme single pour lancer cet album ?
« Well », ça nous semblait être le meilleur titre pour ça après tout le blabla avec la compagnie et les compromis qui précédent la sortie d’un album. C’est probablement la seule chose qu’on puisse faire. Il n’y avait pas de doute. Ils voient la couverture, ils écoutent le premier single, je pense que la question ne se pose pas : est-ce que c’est un album de métal ??

Vous allez jouer deux fois en France lors de la tournée européenne « Part One », pensez- vous revenir après la tournée mondiale ?
J’espère vraiment que oui ! On va jouer à Paris et à Lyon, et il y a d’autres villes en France où c’est super de jouer ! Je me souviens de concerts géniaux à Marseille, à Nice, et j’imagine qu’il y a quelques autres villes où ça serait sympa d’essayer de passer, comme Dijon, Rennes… Ca serait un rêve devenu réalité de jouer dans plus de 3 villes !

Et est-ce que les fans français y verront Stratovarius en première partie ?
Absolument !

Revenons à « 7 Sinners » : quand on l’écoute, on a vraiment l’impression que ce son d’Helloween pourrait plaire à un public plus large : vous pensez que le fait qu’il soit assez heavy puisse attirer de nouveaux fans ?
Si tu m’avais posé la question avant, genre en théorie cet album devrait amener un plus grand public, je t’aurais répondu « probablement pas », mais maintenant qu’il est fini et qu’on entend les premières réactions sur tout le globe, il semble que ce soit un « hit album ». On a vraiment des retours très enthousiastes, pas que de la presse, mais principalement des fans. Ils ne disent pas seulement qu’ils aiment, ils disent qu’ils deviennent fous « tout le monde va écouter « Are You Metal » ». Un fan de métal qui devient dingue là-dessus, c’est juste le meilleur signe qu’on puisse avoir. Parce qu’il n’y a pas que « Are You Metal », il y a au moins 5 ou 6 chansons qui sont aussi fortes : pas aussi catchy, mais au moins aussi bonnes. Je crois que ceux qui aiment « Are You Metal » y trouveront d’autres bons titres. On sait que certains sont plus forts et plus métal, ce qui me donne l’espoir positif que cet album soit un classique de plus. Après The Dark Ride, il serait temps faire un autre classique qui rentre dans le livre de l’Histoire du Métal.

Vous avez l’impression que vous auriez comme extrait le meilleur de The Dark Ride justement ?
Oui, au bout du compte, ce qu’on espérait avoir, ce mélange. Tu trouves des soli à deux, et d’autres choses qui rappellent les 80s. Pas tout le temps, mais il y a forcément dans chaque chanson un élément des 80s. Le tout est plus moderne, mais le style est toujours là. Mais ce qui peut être plus important pour de nouveaux fans, issus du monde Métal, ce n’est pas que ce soit plus rock, c’est qu’on dise que c’est un album avec des chansons clés. Ce qu’on appelle de nos jours des classiques, légendes ou blablabla. Je trouve d’ailleurs très drôle qu’on appelle déjà classique un album qui n’a même pas dix ans. Comme The Dark Ride par exemple. Mais d’une certaine façon, je comprends si on considère que Dark Ride a donné lieu a tant de discussions controversées à travers le monde : « c’est Helloween ? –oui bien sûr ! –bien sûr que non etc… » Tout le monde dit « j’adore, je déteste » mais au final, c’est l’album qui compte le plus pour nous, car il nous a ouvert à une nouvelle génération : on a souvent un père de 45 ans et son fils de 20 ans qui crient et « jump » ensemble dans le public. Incroyable. C’est juste génial.

Je suis désolée, mais il est impossible de ne pas poser cette question en étant attachée à Scorpions (Commentaite d’Andi « Yes, me too !!!) : sachant que vous êtes allemands, avez-vous été d’une façon ou d’une autre influencés par Scorpions ?
Je suis très fan de Scorpions ! S’il y a un seul groupe allemand, disons, âgé de moins de 50 ans, qui prétend ne pas avoir été influencé par Scorpions : ce sont des menteurs ! Ce sont définitivement les parrains du métal allemand. Et même du hard-rock. Sans eux, je n’aurai jamais songé à me lancer dans la musique. D ‘abord parce que j’adore leur musique, mais ce n’est certainement pas cette raison. La vraie raison c’est qu’étant né dans une Allemagne conservatrice, au milieu de toutes ces idées stupides : je ne veux pas leur cracher à la tête, mais les Allemands sont quelque peu étroits d’esprits, ils vivent tellement dans leur petit monde, que quand tu dis « je veux être une rock star », tu ferais mieux de te présenter à l’Hôpital Psychiatrique et demander une camisole en disant « je suis fou ».

Pourtant, par rapport aux français, la plupart des allemands que je connais sont très fans de hard-rock ou de métal !
Justement ! Je te parle de mes débuts : j’ai commencé il y a 30 ans. Il y a 30 ans, l’Allemagne était méga-conservatrice. Rien d’autre n’existait autour d’eux dans le monde. Tout ce qu’ils concevaient autour d’eux, c’était l’Allemagne : le reste du monde, c’était une idée difficile. L’héritage, on peut comprendre, non ? C’était le pays dans lequel ma génération était éduquée par des personnes qui avaient la responsabilité de la défaite, et de la deuxième guerre mondiale. Ils se sentaient coupables. Et c’était normal, parce qu’ils l’étaient. Ma génération était une nouvelle génération, et nous n’avions rien à voir avec la deuxième guerre mondiale : « merde, je n’ai rien à voir là-dedans bordel, je ne suis pas coupable. Je n’ai rien fait, mais je suis là, et j’ai le droit d’avoir ma part de vie dans le monde, ce n’est pas parce que vous avez tout niqué que je dois en pâtir ». Donc, ce qui s’est passé, c’est que dans un pays comme ça, on ne pouvait que regarder ce qui se passait à l’intérieur, parce qu’on savait qu’à l’extérieur le reste du monde détestait l’Allemagne. Qui aurait pu aimer l’Allemagne après la guerre ? Excuse-moi, ça me parait normal que l’Allemagne ait été considérée comme le mauvais garçon dans tous les livres. Mais ce n’était pas parce que j’étais Allemand que je devais aussi être le mauvais garçon. Mais néanmoins, tout ce que tu pouvais vouloir réaliser dans ta vie devait se faire en Allemagne, parce que tu ne pouvais pas te montrer à l’extérieur, du fait que les gens n’aimaient pas l’Allemagne. Donc tout ce que tu pouvais faire, c’était apprendre un métier correct, et l’exercer gentiment en Allemagne. Mais là, arrive le gars de la génération d’après-guerre qui dit « je veux être une rock-star » alors qu’il est allemand. Alors que se passe-t-il ? Que disent les parents, les grands-parents ? « Tu délires, personne n’aime les allemands, tu ne peux pas sortir d’ici et devenir une rock-star , ils vont te détester ! En plus du métal, tout le monde va penser que tu es nazi » et tu leur réponds « mais c’est avant tout du rock’n’roll, c’est la liberté, c’est la paix,… » Personne ne te comprend. Et sans Scorpions, personne de ma génération n’aurait jamais pu rêver de devenir rock-star, et s’exporter dans le monde, oublie. Scorpions a vraiment ouvert toutes les portes.

Pour terminer sur les Scorpions dont vous avez repris le titre « He’s a women, she’s a men » que penses-tu de leur retraite ?
C’est une honte, vraiment, après un album pareil ! Personne ne veut qu’ils prennent leur retraite, surtout après cet album ! Mais d’un autre côté, on peut concevoir qu’il est temps pour eux d’être au calme. Ils ont fait suffisamment pour la musique rock allemande.

Meme pour le rock tout court !
Exactement. C’est un des groupes qui a connu le plus succès, si ce n’est celui qui en a eu le plus quand on parle de hard-rock et surtout de hard mélodique et de métal ! Et qui a tant ouvert pour de nouveaux groupes.

Et, je sais que c’est une question facile, mais en considérant justement l’image de groupes comme Rammstein qui fait débat, tu penses que d’une certaine façon ils referment des portes avec leur image très militaire qu’on associe à l’Allemagne ?
Rammstein ont une image d’allemands typiques avec leurs« ach, ich will ». Le truc, c’est que tout le monde peut lire les paroles. Leurs paroles sont si rouges, si socialistes, antifascisme et antinazi qu’en réalité ils agitent une image d’Hitler sur scène où ils pissent et chient dessus. Et c’est ce que je respecte chez eux. C’est vraiment socialiste (tu vois ce que je veux dire ? vous avez le même mot en français, non ?) : dans beaucoup de leurs chansons tu entends « Mein Herz schlagt link » : mon cœur bat à gauche. Pour te faire un nom dans le monde, tu dois lui donner ce qu’il veut, ils sont un groupe allemand, donc ils se comportent comme des « allemands » avec des pantalons en cuir et des « ach ach ach » (et autres vocalisations rauques en allemand). C’est l’image que les gens ont de l’Allemagne, alors que ça n’est certainement pas la vérité. Et ça donne un bon spectacle. Mais si tu compares avec le reste du monde, pendant leurs concerts en Allemagne, les gens rient parce qu’ils comprennent la blague, et que leurs paroles sont intelligentes. Le problème est plutôt en Amérique du Nord, où il y a des néonazis qui écoutent et aiment Rammstein, parce qu’ils pensent qu’ils sont nazis. Alors qu’ils sont le contraire ! C’est ce qu’il y a de dangereux quand tu t’affiches en « aryen » avec des paroles socialistes, parce que les gens ne comprennent pas ce que tu dis !

Sinon, vous avez joué plusieurs fois avec Gamma Ray, comment vont les choses entre vous ?
C’est toujours parfait ! Dire qu’on a eu besoin d’une tournée mondiale pour que les gens comprennent qu’il n’existe aucune animosité entre nous ! Ca fait environ sept ans qu’à Hambourg tu as Helloween qui répète dans ce bâtiment (100m en face), et Gamma Ray dans mettons celui-ci (100m derrière), avec entre les deux, un restaurant italien, et un vendeur de glaces à l’italienne, et chaque jour, nos groupes se retrouvent pour s’amuser, au resto, ou autour d’une glace ! Mais la presse continuait à écrire « ils se détestent ». Mais on laisse tomber. Au moins ils parlent de nous (rires).

Donc aucune compétition ?
Absolument aucune ! Il n’y en a jamais eu, et ça ne s’est dit que dans 7 ou 8 pays à travers le monde, parce que dans la majorité des pays, Gamma Ray n’avait pas sorti un seul album. Donc, c’était même chouette, parce qu’ils n’avaient encore jamais eu l’occasion de faire une tournée d’un an dans plus de 40 pays. Cette tournée était une chance pour eux aussi. Ca leur a permis de sortir leurs albums dans des pays où ils n’étaient pas dans les bacs.

En revenant sur le fait que vous êtes allemands, le fait de chanter en anglais : c’était un choix pour mieux vous faire connaître ou comprendre ? Un choix mélodique ?
Je crois que j’ai fait ce choix parce que je voulais avant tout voyager partout dans le monde. Si tu chantes en allemand, tes chances de voyager, sont vraiment réduites. Il y a seulement un groupe qui y est parvenu en plus d’une décennie : Rammstein.

Pour fini, quels arguments avanceriez- vous pour faire la promotion de votre album auprès de vos fans ?
Rien qui ne concerne cet album, mais plutôt quelque chose qui concerne tous les autres : ils devraient l’acheter, pas le télécharger. Quand tu vas à la boulangerie, tu ne prends pas gratuitement un croissant. Ca ne se fait pas. La plupart des gens disent que ça n’est pas la même chose, alors que ça l’est ! La seule différence c’est que le croissant coûte vingt centimes (Andi à un petit problème avec les prix français mais on ne lui en tient pas rigueur), alors que la chanson que tu télécharges a coûté au groupe au moins 8 000 dollars ! Et le principal dans cette différence, c’est que tu manges un croissant, alors que peut-être des millions de gens échangent cette chanson ! Ca ne change rien au fait que ça a coûté au moins 8000 dollars au groupe pour produire cette chanson ! Une seule chanson ! Et les gens l’échangent, la téléchargent sans payer ! Qu’est-ce que tu crois qu’il va se passer ? La majorité des groupes ne vont pas gagner un centime pour produire un nouvel album. Je ne comprends pas que les gens ne comprennent pas. Enfin, si, je pense qu’ils ne comprennent pas, parce qu’ils ne le veulent pas. C’est presque injuste et ça en devient blessant. Je crois que ce que je déteste le plus, c’est que mon fils commence à rêver de devenir musicien lui-même, et commence à entreprendre des trucs. Mais que je pense qu’actuellement, les nouveaux groupes ne devraient même pas y penser. D’une certaine façon, les gens chient sur la musique, ils ne veulent pas rendre honneur à ce qu’est la musique, ou ce qu’une bonne chanson peut leur apporter. Actuellement, je n’aurais sûrement pas songé à me lancer dans la musique.

En même temps, c’est compliqué pour les fans aussi. Les vrais fans achètent les albums, et vont à un maximum de concerts, et ces concerts coûtent souvent cher : c’est des fois difficile de trouver un compromis.
Je comprends totalement ta position. Si tu prends Helloween, j’ai envie de te dire : « si tu n’as pas les moyens, vas-y, télécharges cette foutue musique si tu veux. Je n’ai pas besoin d’argent, et je m’en moque ». Mais si tout le monde fait pareil, nous sommes aussi à découvert. Je ne suis pas en train de me plaindre ou de prêcher pour mon propre groupe : on fait des concerts avec un gros public partout dans le monde, donc on survivra quoi qu’il arrive. Mais c’est pour les nouveaux groupes, que j’aimerais me battre. Le truc, c’est qu’on ne leur donne pas leur chance. Tu sors un nouvel album, personne ne l’achète : comment veux-tu organiser une tournée si tu n’as pas un rond ? Ils n’ont pas l’argent pour se payer une tournée, car personne ne paie pour leur musique. Tu vois, où est le futur ? Je ne te parle pas de moi, on est un vieux groupe, on continuera tant que les gens viennent à nos concerts, qu’ils téléchargent ou pas notre musique. La difficulté, c’est pour les nouveaux groupes. Je ne sais pas comment ils peuvent commencer. Je n’aurais pas pu. Aucune chance. Il y a 30 ans, je n’aurais pas pu commencer ainsi. J’étais trop pauvre. Je n’aurais pas pu sortir un millier d’euros pour jouer, me payer un studio, même un qui ne soit pas cher. Il y a 30 ans, aucun d’entre nous n’avait quoi que ce soit. Et finalement, je crois que pour Helloween, ou pour tout autre groupe, c’est le même combat, de cette façon, aucun groupe n’aurait pu exister sans argent, même pour une production de merde.

Oui, et en même temps, vous avez posé d’une certaine façon les fondations qui ont permis l’émergence de l’indus, donc en apportant quelque chose de nouveau dans le métal, on peut penser que tout était possible ?
Je ne sais pas. L’anglais est sûrement la seule langue que tu devrais utiliser si tu veux devenir international. Pour voyager partout : l’anglais est la seule langue. Exception faite de Rammstein, mais c’est la seule exception. L’anglais est le bon choix, et quand tu chantes, tu peux l’étirer. C’est une langue qui permet beaucoup plus de choses que beaucoup d’autres. Tu peux presque aménager tes paroles et les mots à la façon de ce que tu chantes. Ce n’est pas une langue stricte. L’allemand, l’espagnol sont des langues très strictes. Tu ne peux pas étirer les mots, et un « o » est un « o ». En anglais tu peux prononcer un o « o » en « eau » ou « haut » ou « oooooooooooo », ça donne la même chose, et tout le monde comprend. Et puis, toutes mes idoles chantaient en anglais.

Pour finir, on peut donc considérer que vous êtes vraiment fiers de « 7 Sinners » ?
Oui, je suis très fier. Je considère qu’on a fait le bon album.

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