Texas – 11/11/17, Nantes, Cité des Congrès

Le plus français des groupes écossais a une fois de plus subjugué son public

La dernière fois que j’ai vu Texas, c’était en 2015 à La Maroquinerie de Paris, concert intimiste et acoustique organisé par leur label Pias Nites. Depuis, je m’étais promis de retourner les voir en version « classique », tant leur prestation du soir avait été des plus grandiose (voir ICI le live report). C’est donc chose faites, deux ans après, grâce à la sortie de leur nouvel album Jump On Board.

J’ai toujours eu une grande admiration pour Sharleen Spiteri et l’attitude qu’elle dégage depuis 30 ans. Son androgénie marquée via ses fringues et sa coiffure garçonne n’y sont pas étrangers et participeront, je pense, à l’œil bienveillant de la communauté LGBT. Sharleen a d’ailleurs fait la Une de TETU et a déjà expliqué sa sympathie pour le personnage de Shane dans The L Word, série qui a d’ailleurs repris un des titres de Texas pour l’un de ses épisodes. Toutefois, Texas a su traverser les décennies en dehors de tout courant de mode et a toujours sorti des albums de qualité. Non sans vouloir jouer la sécurité, Sharleen sort de ses lignes et participe à des duos improbables comme celui avec Till Lindeman de Rammstein.

Le groupe était attendu avec Jump On Board afin de concrétiser leur retour suite au très bon album Conversation sorti en 2013. En effet, 8 ans s’étaient écoulés entre Conversation et son prédécesseur, du à un problème de santé du guitariste Ally. Bien qu’ayant une base rock blues, le groupe glisse parfois vers des sonorités Funk voire Hip-pop, créant la signature Texas. Jump On Board n’échappe pas à la règle et j’avais hâte d’entendre ça sur scène.

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Texas, Nantes, Cité des Congrès – 11/11/17

Le concert avait lieu à la Cité des congrès de Nantes dans le Grand Auditorium pouvant contenir 2000 places. Royal pour assister à un tel événement, et même si la salle n’est pas modulable avec uniquement des places assises, c’était mal connaître la fougue de Sharleen que de penser faire un concert le cul sur la moumoute nantaise.

Qui dit concert, dit 1ere partie. A 20h, c’est le duo synth pop-rock Hightre qui s’y colle. La chanteuse nage littéralement dans sa robe mais elle arrive a porter sa guitare. Quant à son acolyte, il se démène sur ses platines, habillé d’un pull vert à capuche et bonnet (il faut avouer qu’on avait froid). Le son d’Hightre est vraiment top, un mélange de Trentmoller, XX et Cure. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que le groupe reprendra de façon réussie, Boys Don’t Cry…D’ailleurs, les accords de la Gibson de la chanteuse semblent tout droit sorti d’un Forest. Il serait réducteur de parler de Forest comme le son emblématique des Cure mais cette intro est simplement l’une des meilleurs et des plus mythiques, celle qu’on met à fond et nous emmène dans les plus haute sphères d’un spleen mélodieux. Toutefois, Hightre se rapprochera plus d’une fois d’influences rock, dans la veine de compositions qu’auraient pu écrire Texas.

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Oui, j’ai craqué pour leur EP Live

Les titres sont travaillés, les notes électro entraînantes mais subtilement posées, équilibrées par la voix calme et profonde de la chanteuse. En 7 titres et 30 minutes, Hightre réussit à conquérir la salle qui se ruera au merchandising pour acheter leur EP Live. Je leur souhaite de percer plus loin et d’avoir sur Google une bio à lire pour en savoir plus…


L’éternelle attente commence mais je tiens à souligner pour une fois la qualité de la bande son qui accompagne la désinstallation des instruments de la 1ere partie avec entre autre New Order (et pas Pet Shop Boys comme l’a cru ma voisine !) ou The Cure (avec A Forest…Tiens donc!).

20h59, l’Auditorium est en ébullition et attend que la salle plonge dans l’obscurité. Espérons que le groupe soit en forme après 3 soirs complets à l’Olympia de Paris en début de semaine où Sharleen a pu fêter ses 50 ans…Ouais 50 ans ! Mais comme elle le dira ce soir, dans sa tête, elle en a deux fois moins.


21h, le groupe arrive suivi quelques secondes après par Sharleen, fidèle à elle-même en baskets blanches, pantalon et veste tailleur gris avec un T shirt noir. Juste 2 secondes sur scène et la personnalité de Sharleen envahit la salle qui se lève sans se poser de question. Face à cette standing ovation, Sharleen saluera l’ensemble de la salle, avant d’entamer Conversation. L’ambiance est telle que j’ai vite compris que le cul sur la moumoute Nantaise, ce ne sera pas pour soir, et que, malgré la moyenne d’âge en grande partie avoisinant les 50 ans, personne n’osera s’asseoir et perdre une miette de la prestation survoltée attendue et qui sera vécue.

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Texas, Nantes, Cité des Congrès – 11/11/17

Pas besoin de tortiller, Texas est un sacré groupe de scène car il est emmené par Sharleen. Elle absorbe toute l’attention laissant ses cinq amis gérer dans leur coin les assemblages de notes. Elle saute dans tous les sens, interagit avec le public comme aucun(e) autre ne le fait si ce n’est Beth Ditto et puis elle a une voix si incroyable ! Elle a une telle puissance vocale que même avec le micro à 10 cm de ses lèvres, on ne ressent pas la distance. Sharleen a ce naturel déconcertant et énervant de la nana qui, sans aucun artifice, impose. On est au delà du charisme, on navigue sur une apparence décomplexée à l’épicentre d’une féminité enveloppée d’une carapace sans un brin girly, le summum de l’androgénie innée et irréfléchie. Elle a une putain de classe, et le pire, c’est qu’elle ne vieillit pas !


Spontanée et totalement enivrée par la scène, accompagnée de sa Gretsch (blusy girly), Sharleen Spiteri a le don de rendre chaque personne du public importante. Il vous suffit de crier « Sharleen », même en plein milieu d’un titre, pour qu’elle s’arrête, vous cherche et vous réponde. Elle papote, rigole, raconte des anecdotes et se permet de feinter la sécurité pour aller prendre des selfies dans la foule en disant « non mais, mon garde du corps rit jaune mais il commence à s’habituer, je suis écossaise, et puis franchement, regardez le public, où est le risque, il a mon âge».. Elle fera monter des fans pour chanter avec elle au micro So Called Friend (imaginez les souvenirs pour ces fans, c’est juste du bonheur en boite!) et nous demandera à plusieurs reprises si nous sommes heureux, car si nous le sommes, alors elle l’est.

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Merci de m’offrir Photoshop à Noël…bien que Paint je le maitrise ><
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Elles ont assuré sur So Called Friend

Loin de toute complaisance, Sharleen est une personne profondément honnête et redevable de son public. Elle fera un speech sur l’importance de ce dernier, qu’elle emmerde les maisons de disques, les producteurs etc mais que le public, il n’y a que lui pour faire vivre et faire sortir un groupe de l’ombre et que sans ça, ils ne seraient rien. C’est à cette occasion qu’elle remerciera Hightre en les congratulant pour leur fraîcheur et leurs énergie. Vous en connaissez beaucoup des groupes qui remercient leur première partie et qui invite le public à aller les soutenir ?

Même si Sharleen est du 7 novembre, l’audience reprendra Happy Birthday, avant qu’elle nous explique une nouvelle fois que sa grand-mère était française et que son grand-père a vécu quelques temps à Bordeaux, d’où son amour pour notre Pays, le St Marcellin et le vin. On apprendra ensuite que la veille elle était à Londres pour se voir remettre le prix de l’artiste féminine la plus inspirante de l’année aux Music Week Women In Music avec un second degré So Scottish. En parlant de son accent, c’est vrai que j’ai du mal à tout comprendre et elle s’en excusera, tout en raillant son manque d’aptitude à apprendre le français « But, donc, en français, oh merde, non, ce n’est pas vraiment donc, bref, vous voyez que ce n’est pas beau de dire que je parle un peu français».

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Texas, Nantes, Cité des Congrès – 11/11/17

On blablate on blablate mais le show en lui-même ? Musicalement, que voulez-vous que je lui reproche ? Texas c’est un puits sans fond de pépites. Tous leurs titres sont des tubes qui, mêlés à l’énergie scénique de Sharleen et du professionnalisme des cinq autres membres, deviennent jubilatoires. Peu de répit durant cette soirée si ce n’est sur In Demand et Say What Your Want. J’apprécie également lorsqu’un groupe accepte d’arrêter un titre en plein milieu pour le recommencer au début, ça c’est du live et il en sera question lorsqu’un spectateur n’arrivera pas à chanter avec elle sur scène, avant d’en inviter deux autres. Le son est absolument parfait et seules trois boules à facettes surplombe la scène. La setlist défile à grande vitesse, avec seulement deux morceaux du dernier album et un de l’avant dernier. Difficile dans un tel répertoire d’occulter les Summer Son, Black Eyed Boy, Inner Smile (« yeah yeah yeahhhhhhh »), Say What You Want et I Don’t Want A Lover mais quel régal auditif ! En parlant d’ I Don’t Want A Lover, ce morceau m’a longtemps suivi dans ma jeunesse (heu meuf, tu te calmes, tu n’as que 28 ans et 5 mois) avec l’intro au volume max, dans l’expectative de la frappe de batterie arrivant après les petits accords de guitare sèche. En live, il balance toujours autant bordel (admirez ma belle vidéo ci-dessous ><) !

Sharleen n’en a jamais assez et offre des versions rallongées explosives. Que ce soit dans sa façon de bouger notamment très subjective sur I Can’t Control que dans ses délires vocaux entièrement maîtrisés, elle donne autant que ce qu’elle ressent, à la limite de l’ardeur rageuse, complétée d’une malice bien à elle. Alternant chant/guitare et chant seul, elle n’oublie jamais quelques clin d’œils complices à ses comparses.

Après un rappel totalement dingue dans l’enchaînement des titres choisis, le groupe décida de terminer sur le célèbre Suspicious Mind popularisé par Elvis Presley. Texas salue ses origines dans le plus sobre des hommages. Le public transpire la joie et respire le moment présent. Il n’y a rien à ajouter, le spectacle vivant est salvateur.

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Texas, Nantes, Cité des Congrès – 11/11/17

Texas c’est 30 ans de carrière avec une aura au delà des frontières qui pourtant, même si le groupe connaît ses meilleurs ventes en France, ne fait pas la tournée des stades. La chance est de pouvoir interagir avec un groupe d’une très grande simplicité aux tubes planétaires, tout en se délectant de riffs ravageurs, d’une batterie claquante, et d’une chanteuse à la stature éclectique. Après tout ce temps, Texas ne surprend peut-être plus, mais il maintient un cap et une constance irréprochable, et en fin de compte, c’est sûrement ça le le plus difficile.

La tournée se prolongera encore en France avant de partir pour l’Afrique du Sud, l’Australie et le reste de l’Europe.

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Texas, Nantes, Cité des Congrès – 11/11/17

Setlist

  • The Conversation
  • Halo
  • When We Are Together
  • Tell That Girl
  • Everyday Now
  • Thrill Has Gone
  • Guitar Song
  • In Our Lifetime
  • Can’t Control
  • Tired of Being Alone
  • So Called Friend
  • Summer Son
  • Midnight
  • In Demand
  • I Don’t Want a Lover
  • Black Eyed Boy
  • Say What You Want
  • Let’s Work It Out
  • Inner Smile
  • Suspicious Minds

Galerie Photos

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Allez hop, on range !

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